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SAMEDI

JOUR 18 : 56 kms / 6h00 / D+260 

Le matin, après un lever de soleil sous la bienveillance du Kilimandjaro, rangement sous le regard amusé de différentes générations de massai qui sont arrivés avant que je ne sois levé, et qui m'attendent à la sortie de ma tente. Ils sont revenus pour m'offrir le thé, et sont restés là tout le temps à m’observer.

Je dois avouer que je n'est pas été très sympa et convivial. J'ai aussi joué un peu plus le malade, en accentuant ma douleur pour qu'ils me laissent tranquille. Et le jeune d’hier est revenu à la charge ce matin, disant que le chef avait plusieurs femmes, et donc beaucoup d'enfants et plus de besoins. Ce n'est tout de même pas ma faute s’il est polygame. Mais je n'ai pas cédé, car on avait convenu un prix dès le départ.

La relation n'est plus du tout la même quand on paie un service, et que c’est un lieu ou des touristes passent. Quel contraste avec l’accueil d’hier.

J’aborde enfin cette fameuse portion soi-disant dangereuse. Mais c’est le matin, et les lions font la grasse matinée. Dommage, je n’en verrai pas, mais je vais quand même croiser des troupeaux de zèbres, d’antilopes, et même d’éléphants. J’aurais fait mon petit safari à vélo.
Je reste quand même sur mes gardes dans les endroits complètement à découvert. Je ne voudrais pas que ma femme ne récupère que mon vélo et quelques habits déchiquetés…
C’est une impression un peu bizarre que de se retrouver seul, sans défense, vulnérable au milieu de cette immensité du bush. Une ambiance à la fois mystérieuse, mais presque palpable, avec une certaine tension, dans un environnement époustouflant, peuplé par des animaux qui peuvent être hostiles. Il ne faut tout de même pas oublier qu’ils sont chez eux.

J’arrive au bout de cette zone isolée, à un endroit ou il y a de nouveau plusieurs chemins possibles et je ne sais trop lequel choisir. Ca fait des heures que je n’ai vu personne. A ce moment là j'entends un bruit de moto juste derrière moi. Le motard s'arrête et me salue « Tu te souviens de moi ? Benson, on a mangé ensemble il y a 2 jours Tu n'es pas sur le bon chemin, il faut aller par là bas. » Merci l’ami.

Je continue à suivre les sentiers, mais avec toujours quelques doutes quand à la direction à suivre. J’essaie bien de me diriger d’après le soleil, et les montagnes en face, mais je n’ai pas encore complètement intégré ce mode de fonctionnement.

Enfin, après une longue journée en plein soleil, après avoir traversé l’immensité de la plaine, et poussé, tiré le vélo,  j’arrive à Namanga la ville frontière, véritable caphernaüm. (Du monde de partout, et pour traverser ne sait pas ou se trouve la route, ou il faut passer.) Beaucoup de monde, une population qui a l’air de s’ennuyer. Une fois la frontière de Tanzanie traversée, je m’arrête pour faire quelques courses, et un groupe s’agglutine autour du vélo, demande des dollars, veut emprunter le vélo. C’est un peu tendu. Je ne resterai pas longtemps.

Mais le jour baisse, et il faut que je trouve un lieu de bivouac. On me conseille une grande propriété ou se trouve une école et une église, pour être en sécurité. Je vais pouvoir planter ma tente sur un bout de terrain
Je n’avais pas réalisé que c’était samedi soir, et que dans beaucoup de pays c’est jour de fête, c’est le relâchement du week-end. Entre le bruit des bars, la musique des discothèques, et la circulation de la route, c’est un joyeux brouhaha qui se prolonge tard, ou tôt dans la nuit. Et au moment ou je pensais être tranquille, c’est l’appel du muezzin qui démarre, suivi par le chant des coqs. Au bout d’un moment, tout ce beau monde se calme, et j’imagine dans ma naïveté que je vais pouvoir enfin me reposer quelques minutes, même si le jour commence à se lever. Raté ! J’avais oublié qu’après le samedi, vient le dimanche, le jour du Seigneur, et que je loge dans une propriété catholique. Et à 6h les cloches de l’église à 20 mètres de là claquent dans le soleil naissant pour l’appel à la célébration… Je crois que cette fois je n’ai plus besoin de réveil. C’est le coup de grâce, dans tous les sens du terme.

Je retrouve le long ruban noir qui s’en va dans la plaine tanzanienne à perte de vue au pied des montagnes. Une route polissée qui augure de conditions plus « normales ». Je suis un peu déçu toutefois d’abandonner cette nature encore sauvage, ses habitants attachants et authentiques.