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MERCREDI

JOUR 8 : Barafu Camp 4450 m /Uhuru Peak/ Mweka Camp : 5895/3100

La nuit de tous les défis. Après un réveil à 23h00, et un petit déjeuner à 23h30, le départ se fait à minuit. Officiellement pour assister au lever du soleil. Officieusement pour que les touristes ne voient pas de leurs yeux l’ampleur de la difficulté…
Dès le départ, je sens que ça va être une journée particulière. Déjà la courte nuit a été agitée, peu de sommeil, quelques troubles intestinaux qui m’ont obligé à sortir deux fois de la tente, dans le froid et le vent, à 4500m. 

Vision étrange à minuit de voir comme une chenille de lumières semblant partir à l'assaut des étoiles dans la nuit silencieuse, mais égayée ponctuellement par les chants en swahili des porteurs, pour motiver les troupes. Une ambiance magique, voir irréelle. Nous nous intégrons tranquillement dans cette file indienne qui avance, avec l'espoir d'atteindre ce plus haut sommet qui va nous mener jusqu'à la grande lumière du lever du soleil, objectif de la matinée. Nous ne sommes pas pressés, il faut s'acclimater. Le guide a prévu un rythme de un kilomètre par heure. 6h d'ascension  6 km "polé-polé" (doucement, doucement), comme ils aiment à le répéter, probablement les 6k les plus durs de ma vie, pour 1500 m de dénivelé. Nous allons dépasser des groupes à moitié conscients qui n'atteindront pas le sommet.

L'ascension devient vite un calvaire. Dans le noir je titube, je m’accroche aux rochers, j’ai envie de m’arrêter, voir de redescendre. C’est encore plus dur que la Diagonale des Fous.  Et je vais devoir faire une pause plusieurs fois pour des besoins naturels. Quand on a 4 couches de vêtements en bas, 7 couches en haut, et qu’il y a de plus un vent terrible avec probablement un froid à -10°, ça devient un peu compliqué pour se soulager dans la nuit noire…

Et le guide qui n’arrête pas de nous dire : il faut boire, il faut boire. Mais comment on fait quand l’eau est complètement gelée, dans les gourdes, dans le sac, dans le tuyau ?

Le mal des montagnes. Je m’y était préparé, mais on ne peut rien y faire. Nous sommes tous inégaux devant ces effets imprévisibles. C’est peut-être la vengeance de la montagne. C’est peut être sa manière de nous faire sentir qu’on vient la déranger, troubler sa tranquillité, et elle frappe au hasard.  Prétextant le lever du soleil, je m’arrête un moment pour prendre des photos. Le redémarrage sera une victoire sur moi-même.  J’arrive enfin dans les derniers à Stella Point. (5500 m). 

Mais je me suis engagé dans cette aventure, et je veux aller jusqu’au bout. Beaucoup de gens comptent sur moi. Je ne veux pas les décevoir.

Plus qu’une heure. Alepes, le guide, est resté seul avec moi tout le long, et m’a encouragé en permanence.  Je ne sais pas si j’y serais arrivé sans lui. Une grande leçon de vie : Il a été un encouragement permanent à mes cotés, pas une parole négative, pas de complainte. Il m'a attendu calmement, et réconforté par son soutien moral. Et dans la descente, quand j'étais fatigué, il a pris mon sac, il a porté ma charge, il a pris ce qui me retenait pour avancer, pour me libérer.
Merci Alepes.

Finalement, je l’atteins ce fameux sommet Uhuru Peak. J’arrive à peine à le voir car les larmes me remplissent les yeux. Je ne peux plus parler, et nous avançons en silence dans cette explosion de lumière du soleil levant, décuplée par le blanc éclatant et scintillant des glaciers. Nous l’avons quand même vaincue cette montagne. De toute façon je suis tellement pris par l’émotion que les mots me manquent. J’essaie de la cacher à Alepes. Par pudeur ou par fierté, je ne sais pas. Mais il n’est pas dupe et respecte discrètement l’expérience intérieure que je vis. 

Je suis complètement abasourdi de réaliser ce rêve, et d’avoir pu dépasser toutes les difficultés. C’était mon premier objectif, et j’y suis arrivé. 

Mais il ne faut malheureusement pas  rester trop longtemps là-haut. J’aurais bien passé la journée simplement à me délecter du paysage, à emmagasiner toutes ces images sublimes ailleurs que dans la carte mémoire de mon appareil, à me nourrir de ces couleurs, à ne faire plus qu’un avec ces montagnes majestueuses, à savourer l’étendue de ce ciel (bleu explosif)  libéré de ses nuages au sommet, à vivre ce jour comme si c’était le dernier. 

Mais il faut redescendre au plus vite. Je suis quand même très fatigué. Pas tellement par l’effort physique, mais surtout par le manque d’oxygène, et par mes problèmes intestinaux.

A un moment le guide me dit de prendre mes 2 bâtons, mais je n’en ai pas trop envie. Je n’ai pas l'habitude de prendre les bâtons en descente. Nous courrons dans le pierrier, à bout de souffle, et dans un moment d’inattention mon bâton se coince entre deux roches. Je chute : résultat, le pouce gauche complètement éraflé et un gros choc sous les fesses, car je me suis écrasé sur un rocher. 

Je n’imaginais pas toutes les conséquences que ces quelques secondes qui me semblaient anodines allaient avoir pour toute la suite de l’aventure.

Les porteurs présents ont essayé de nettoyer la plaie du pouce avec le peu de matériel qu'ils avaient. A l’arrivée au camp, c’est le cuisinier qui va m’aider à traiter la blessure.. Puis je vais m’allonger, complètement épuisé par ces efforts et par mes problèmes de transit. Même pas envie de manger. Je ne sais pas du tout comment je vais faire pour repartir… Mais nous n’avons pas le choix. Pas d’hélicoptère à cette hauteur, et s’il faut prendre l’ambulance, comme ils l’appellent, c’est peut-être pire..

Alors nous rangeons nos affaires et repartons jusqu’au Camp Mweka pour la nuit. Au total 15 heures de marche, 1500 m de dénivelé positif, 2800 de négatif. Quelle journée !