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MERCREDI

JOUR 22 : Kilimandjaro - Dar El Salam - Amsterdam - Lyon  8500  kms  / 12h00

Ce périple a quand même été pour moi un petit choc culturel et humain.  Malgré mes différents séjours en Afrique, je n’avais jamais vécu avec une telle intensité une immersion dans la vie quotidienne locale. Le voyage à vélo, de par sa lenteur et sa proximité avec la population, le permet et le provoque. Cette manière de voyager donne l’occasion de s’immerger sans préméditation dans le quotidien des familles quand elles ouvrent la porte de leur maison et de leur coeur. C’est ce qui fait tout le charme et l’authenticité de la rencontre. J’ai été plongé dans l'Afrique profonde dès le premier soir, dans des traditions ancestrales, dans la pauvreté aussi ancestrale ou les deux à la fois. 

Je vais devoir quitter mon personnage d'aventurier, ma deuxième vie depuis quelques années. Le laisser là en Afrique. Rien ne me prédestinait à de telles aventures. La vie est peut-être un peu mal faite, dans le sens ou on devrait pouvoir profiter de ce genre d'activité quand on est plus jeune, et plein d'énergie. Mais chacun a ses priorités et ses contraintes. Avoir des enfants à 50 ans serait plus compliqué. Il faudrait inventer un système pour prendre une partie de sa retraite en début de vie, et travailler plus à la fin, puisqu’on vit plus longtemps maintenant. Peut-être un programme à proposer à nos dirigeants ? 

Mais je ne regrette pas tout ce que j'ai vécu jusqu'à présent, bien au contraire. Il faut savoir faire des choix et gérer les étapes de l'existence. Et ne pas s'arc-bouter dans des principes et positions que l'on croit vérités éternelles, et qui s'effritent dans certaines circonstances suivant l'histoire que nous vivons. Mais nous avons aussi besoin de certitudes éternelles, en tous cas j'en ai besoin.

Durant ce périple, j’ai souvent pensé aux réfugiés du Soudan du Sud qui souffrent pour survivre, alors que moi j’ai en quelque sorte souffert non pas par plaisir, mais pour mon plaisir. Je savais qu’indirectement ma souffrance les aiderait à mieux affronter leur situation, puisque mon défi sportif a permis de récolter des fonds pour leur founir des kits d’urgence. Cela m’a redonné du courage et de la motivation. L’épisode de ma chute dans la descente du sommet a été une grande expérience que je ne regrette absolument pas. Il m’a aidé à mieux m’identifier à la souffrance des autres, à la situation des réfugiés du Soudan du Sud, à la condition de ceux qui vivaient là où je suis passé, dans un contexte beaucoup plus difficile que le mien.

Au fait vous savez quel a été le résultat de ma chute ? Après quelques examens au retour, le médecin m’a dit que j'avais une fracture du sacrum.

Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter aux circonstances parfois difficiles. Sur le moment on peut se poser beaucoup de questions, voir se remettre en question. Mais il faut apprendre à regarder plus loin, vers le but. Il faut qu’il soit élevé, cet objectif, afin de nous détacher des problèmes qui sont devant nous. Non pas pour les masquer, mais pour les dépasser.  Et si nous ne pouvons pas les éviter, il faut savoir en tirer les leçons. Car il y a toujours une solution.

C’est aussi un voyage intérieur, une aventure comme celle-ci. 

Nos petites exigences, notre bien être quotidien sont parfois faits de détails inutiles auxquels on est habitué, qui sembleraient totalement futiles à ces habitants qui luttent pour leur survie. Il ne faut pas non plus se culpabiliser, mais regarder les choses lucidement, et faire ce qui est à notre portée, sans attendre de reconnaissance. Juste faire quelque chose, partager ce que nous avons. Le peu que nous pouvons faire représente souvent beaucoup pour ces populations. Il n’y a pas que l’aspect matériel, c’est aussi l’attention et le respect que nous leur manifestons, le souci de la qualité des relations. Sachons aussi être à l’écoute de ce qu’ils ont à nous apprendre. Si nous savons être ouvert, notre vie en sera enrichie. Et à notre tour nous pourrons enrichir les autres. On ne peut donner que ce que l’on a.  Pas uniquement nos finances. Mais aussi notre savoir faire, notre temps, notre coeur. Ce sera toujours utile pour quelqu’un. Et cela peut même changer sa vie. A jamais. 

Merci à tous les donateurs qui ont permis de réunir 9000 € pour l’acaht de kits d’urgence pour les réfugiés du Soudan du Sud, grâce aux actions de MEDAIR