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MERCREDI

JOUR 15 :   Rombo

Ce jour-là, je profite d’une journée sans vélo pour me lever un peu pus tard (vers 7h). Et ce matin, 2 professeurs de l'école qu’il est prévu de visiter sont venus spécialement partager le petit déjeuner avec moi. Ils me racontent un peu leur travail, leurs projets, leurs besoins et leurs rêves. Avant de partir, je profite pour visiter un peu les alentours, et prendre des photos. La voisine m'offre le thé, servi par sa fille de 19 ans. Elle m'invite avec fierté à aller voir ses animaux et son troupeau de chèvre, puis la frontière avec la Tanzanie. Aucune barrière, aucun controle, aucun panneau…
Retour à la maison ou Tipape m’attend avec sa moto. Nous mettons environ 25 minutes pour rejoindre l’école, à travers le bush, uniquement sur des chemins bien défoncés.
Une fois arrivé, il m’introduit auprès du directeur qui m’explique l’histoire et le projet de cet établissement implanté depuis 7 ans. Ils ont 160 élèves sur 2 sites, une école maternelle plus une primaire. Pour la deuxième classe, ils utilisent un local prêté par le village à quelques centaines de mètres.

Aujourd’hui l’enseignement est proposé aux enfants à partir de 5 ans pour les quatre premiers niveaux. Ils cherchent des finances pour créer les 5e et 6e niveaux, construire un nouveau bâtiment, et à plus long terme ouvrir un collège. Chaque élève a entre 5 et 30 'de marche, et les professeurs viennent de loin. Une des raisons qui a suscité la création de cette école, c’est le problème des animaux, et en particulier des éléphants. A certaines périodes ils sont si présents sur les chemins, que certains enfants ne pouvaient plus aller à école car ils devaient traverser ces zones trop dangereuses. La localisation de ces nouvelles classes leur permet maintenant de contourner ce danger.

Mais le village n’a aucun budget pour l’école. Les familles participent un peu pour y envoyer leurs enfants. Mais parfois elles ne peuvent même pas donner ce qui leur est demandé :  200 shillings par mois, c’est à dire moins de 2 euros ! Oui, moins de 2 euros par enfant.
Il y a des périodes où les parents n'ont pas les moyens de donner cette participation, et n'ont même plus de quoi manger à la maison. Certains élèves qui sont ici aujourd’hui n’ont pas mangé depuis hier. Les enseignants leur donnent quelque chose. Ces enfants sont souvent issus de familles polygames, donc très nombreuses. 
Leurs livres sont en anglais, un seul est en swahili.
Le personnel enseignant est composé de 6 professeurs. Ils en souhaitent un de plus, car il y a 7 classes, mais aujourd’hui ils n’ont pas les moyens de le payer.
Leur objectif est d’enseigner un maximum d'enfants, pour qu’ils puissent rejoindre l’école secondaire. Mais souvent les familles refusent d'envoyer leurs enfants en secondaire, pour des questions de finances. Cela coute plus cher, il faut acheter un autre uniforme, etc. Une situation compliquée et difficile, rendue encore plus dramatique ces années passées en raison de la sécheresse qui sévit. Beaucoup de familles ont perdu tous leurs troupeaux, seule source de revenus.

Je suis ebahi devant la motivation et l’engagement des professeurs, devant la soif d’apprendre de ces élèves qui bravent des conditions difficiles tous les jours pour venir à l’école. On est loin de nos problématiques de pays soi-disants plus développés. D’un coté des enfants qui rêvent d’aller à l’école, qui marchent des heures pour y aller, et de l’autre des enfants qui rêvent de faire l’école buissonnière.
Dans ce combat inégal, Tipape se démène pour trouver des fonds nécessaires à ce projet qui est sur son coeur. 
Et juste avant de remonter sur la moto, le directeur me dit qu’un enfant voudrait me parler. Il a envie de faire mon portrait pour me laisser un souvenir. Et voilà ce gamin de 10 ans qui en 5 minutes à peine réalise ce dessin fabuleux. Des talents il y en a partout, et je suis peiné de ne pas pouvoir aider ces enfants à réaliser leurs rêves. 

Je quitte cet endroit avec plus de questions que de réponses, et avec l’impression de combats inutiles et de gaspillages énormes chez nous - pays soi-disants civilisés -, face à ces simples besoins d’enfants qui ont une folle envie d’apprendre, et qui le prouvent.
Retour au centre du village de Rrrombo. Mais rien ne se passe comme prévu. C’est l’Afrique. Parfois pour faire quelque chose qui prendrait une heure, il faut la journée… Chacun sa culture, et ce n’est pas plus mal. On apprend à ne plus courir après la montre.
Nous nous installons dans un petit restaurant pour manger de l’ugali, pour 3 personnes plus 2 boissons : 2€.
Nous mettons ensuite une heure pour aller au café internet qui se trouve à 200m. Mais une réunion skype est en cours, donc il faut encore attendre qu’il y ait une place de libre. 
Et tout d’un coup un gros orage tombe sur le village, impossible de sortir. Je n'avais pas prévu cela, la température chute même de 15°. Si ça continue, le retour sera un peu compliqué. Effectivement, le chemin pour rejoindre le hameau de Tipape au début de la nuit sur la moto va être un peu tendu. Comme il a beaucoup plu, le terrain est très glissant, et le phare de la moto n’éclaire pas grand chose… Il a fallu s'arrêter 2 fois, et j'ai du descendre pour passer les rivières et pousser la moto, mais on est bien arrivé.

Les enfants nous accueillent et viennent vers moi en baissant la tête.  Je suis un peu gêné de les voir incliner la tête devant moi, et j'ai l'impression qu’ils attendent quelque chose. En fait il faut poser sa main sur leur tête pour les saluer. C'est tout. Mais il faut le savoir…