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LUNDI

51kms / 5h1 / D+ 430m / Alt 700 / Temp max : 42°

Après les adieux chez Mike, l’organisateur du Kiliman, cette fois-ci c’est seul que je me retrouve sur la route. Avec l’envie de profiter au maximum de ces 8 jours devant moi, une durée qui me semble courte pour cette nouvelle aventure. Mais aussi avec un soupçon d’appréhension à la découverte de ces nouveaux pays, en bivouac libre. Je ne sais pas comment je vais être accueilli.
Il faut que j'avance, car je suis en retard, et je voudrais bien passer la frontière du Kenya ce soir. La température frôle les 43°.

Le départ de Moshi se fait avec vent de face et de coté. Il faut prendre à nouveau l'habitude de piloter un vélo chargé, en essaynt de ne pas trop réveiller la douleur. Sur la route goudronnée, c’est supportable, mais dès que l’itinéraire se transforme en piste, ça devient un peu compliqué. 
Je m’arrête dans une station service pour faire le plein d’essence pour le réchaud. La jeune fille qui sert les motos refuse de me servir. J’insiste, elle prend ma bouteille, la regarde sous tous les angles et finit par accéder à ma demande. Elle croyait peut-être que je plaisantais en demandant de l'essence pour mon vélo.
Arrivé à la frontière Tanzanienne, je m'attendais à une "vraie" frontière. Quelque chose de sérieux. Mais c’est une simple barrière en fer, avant d’accéder à un bâtiment en attente de rénovation. Le contrôle est rapide. Les douaniers sont surpris par ma monture… Ensuite, plus de route goudronnée. C’est directement la piste, la poussière, les cailloux. J’avais pourtant cru voir une belle route sur la carte consultée avant le départ.

Je continue vers la frontière du Kenya, où les bâtiments ont l’air plus récents, mais sont déserts. Bureaux et immenses parkings complètement vides. J’arrive peut-être tard.
Le contrôle prend un peu plus de temps. On veut me faire remplir un questionnaire pour savoir ou je vais, ou je vais m'arrêter : mais je n’en sais rien moi-même… L’employé insiste pendant un moment pour me demander la liste des hôtels de mon séjour, et leurs adresses. (Il me demande comment j'ai rempli ma demande de visa. Je lui répond que l'on ne m'a pas demandé d'adresses pour les nuits. ) La discussion s’éternise. Finalement je lui donne le nom d’un village où je dois passer. Il a l’air calmé et me rend mon passeport.
Me voilà en territoire kenyan. Quelques kilomètres plus loin j’arrive sur un nouveau poste de contrôle. Je pense que c'est la douane. Ils veulent contrôler ce que j'ai dans les sacoches, me demandent ce que je vais faire, et me réclament le papier pour le vélo. Quel papier ? Eh bien le document pour le sortir de Tanzanie. Personne ne m’a jamais parlé de cette démarche. Heureusement le fonctionnaire a été compréhensif et me remplit un formulaire pour le vélo me disant que j'en aurais besoin pour sortir. Mais personne ensuite ne m'a jamais demandé ce document, même pas à la sortie du pays…

Je pénètre dans la première grande ville, Taveta.  Je croyais y trouver un supermarché et des magasins. Mais ce ne sont que des petites boutiques, et ça grouille de monde. A la sortie du bourg je me fais interpeller par des militaires armés. ils me posent un tas de question sur mon séjour, ma destination, ou je vais dormir, mais ils ne contrôlent rien et ne me font pas sortir mes papiers.
La nuit tombe toujours très rapidement au niveau de l'équateur, et je décide de trouver un endroit pour bivouaquer. Quand le douanier m’a demandé où j'allais dormir, je lui ai dit sous la tente. Alors il m’a mis en garde contre les animaux sauvages. D’autres ont insisté pour que je reste à l'hôtel pas très loin de la douane. Je ne saurais jamais si c'était vraiment par souci de ma sécurité, ou parce qu'ils avaient une commission sur la réservation… Mais une vraie excuse m'a sauvé : je devais faire des achats et les boutiques se trouvaient dans la direction opposée.
J'avance donc et je cherche un endroit pour dormir. Ce sera mon premier bivouac africain. Je m’en souviendrai toute ma vie. Vous allez comprendre pourquoi. 
A un moment je vois un petit chemin qui s'enfonce derrière les bosquets. Je m’y engage et arrive devant une petite maison où un jeune est assis. Je m'approche et essaie d’engager la conversation en anglais. Peine perdue. Il va chercher sa petite soeur qui se débrouille beaucoup mieux que lui. Conciliabule familial avec les parents pour savoir s'ils m'autorisent à camper là. Finalement ils me laissent installer ma tente dans le pré. 

J’organise mon campement sous le regard intrigué des enfants. Je m'allonge sur le matelas je n'ai plus le courage de sortir pour me changer, un peu fatigué par les efforts de ces derniers jours et par la route d’aujourd’hui. Des chemins défoncés qui ont provoqué encore plus de douleurs à chaque nid de poule ou caillou.
La petite fille de 13 ans vient me chercher pour m’inviter dans leur maison. Je suis un peu gêné, mais devant son insistance j’accède à sa demande. Et là je comprends qu’ils m’attendent pour le repas. Ils me tendent un tabouret en bois sur lequel je m’installe, en face de la mère qui est en train de préparer le plat, sur le feu de bois à même la terre battue dans la pièce principale. J’assiste avec grand intérêt à la préparation du diner, mais je ne sais pas ce que l’on va manger. Je suis très gêné devant tant de générosité, et aussi de pauvreté.  Pour les remercier je vais chercher quelques victuailles : oeufs et barres de céréales.( Ils me demandent si c'est pour manger de suite, je leur dit que non.) Chacun est assis sur des tabourets ou de vieilles chaises de salon complètement dépareillées. La mère part chercher quelque chose en s’éclairant avec une allumette. 
Au bout d’un long moment, après avoir tourné et retourné la boule, on m’invite à m’approcher de la table basse, à côté du père. Sur celle-ci est posée la seule source de lumière de la maison. Une petite lampe à pétrole, que j’avais pris au départ pour une bougie, tellement la flamme était petite . Sur la gauche, je devine dans l’obscurité un grand lit, ou la grande soeur est assise, et la petite à moitié couchée. Elle fait ses devoirs, elle apprend ses leçons. Je ne sais pas comment elle arrive à travailler dans un tel environnement, et avec un livre plus qu’usé par le temps. Preuve qu’il a bien servi. Et de plus on ne voit rien avec cet éclairage limité.
Ne connaissant pas leur manière de faire pour manger, je les observe discrètement afin de les imiter. On me donne une assiette bien remplie, et chacun se sert directement à la main en prenant un peu de cette boule et des légumes. Je ne sais toujours pas ce que l’on mange, mais heureusement c'est très bon.
Le vent se met à souffler, et le simple toit en tôles commence à vibrer de partout. Je me demande comment ils font à la saison des pluies.  
En toute simplicité et humilité je partage ce repas, interpelé par tant de sollicitude envers moi, un peu choqué de découvrir leurs conditions de vie et gêné de peut-être prendre une part de leur nécessaire. Mais c’est fait avec tant d’amour et de générosité qu’on ne peut refuser. Ce serait probablement ressenti comme un affront. Après cette immersion hors du temps dans cette famille kenyane, je retrouve le chemin de ma tente.

Vers 5h du matin je suis réveillé par une sorte de bruit de pluie. C’est bizarre. J’essaie de me rendormir, mais sans succès. Toujours ce bruit. Et quelque chose me démange sur la tête. Alors je me rends compte que des centaines de minuscules fourmis m’ont attaqué. Mais j’entends toujours le bruit. Et là je constate un autre problème : des centaines de grandes fourmis cette fois-ci ont envahit la tente, et s’activent sur le tapis de sol. En catastrophe je range toutes les affaires et plie la tente, cette fois-ci en étant attaqué par les moustiques à l’extérieur. Je réalise alors le désastre : plein de petits trous de partout. Une tente toute neuve que j’utilisais pour la première fois… 
On m’avait mis en garde contre les grands animaux sauvages, mais pas contre ces petits insectes dévoreurs de plastique. Première leçon africaine.
Les deux filles me disent au revoir, après être venues m’aider spontanément à ranger ma tente en enlevant délicatement les piquets. Elles ont une heure de marche sur les pistes et chemins, simplement pour l’aller, afin de rejoindre leur école, chaussées de simples tongs et par tous les temps. Quelle motivation et quelle soif d’apprendre. Quand je vais saluer les parents, ils m’attendaient avec la tasse de thé. Quelle hospitalité. Et quel exemple de générosité envers l’étranger inconnu de passage.